L’Editorial de février 2009

Quelles bouées de sauvetage ?

Peut-on encore garder espoir sur les marchés financiers ? Les indices boursiers ne parviennent pas à se redresser durablement. Néanmoins, pour Alain Crouzat, l’investissement en actions reste le meilleur placement aujourd’hui.

Croyez-vous que les effets bénéfiques des plans de relance et des assouplissements monétaires pourraient permettre une amélioration de la conjoncture d’ici fin 2009 ?
Je le souhaite ! Il est certain qu’à travers la planète, des plans sont mis en place, en fonction des écoles, pour stimuler l’offre ou la demande. Ces actions montrent l’ampleur de la tâche. Il est urgent de s’atteler au rétablissement du malade économique et de lui insuffler le remède nécessaire. Même si je suis incapable de dire quelle sera la date de ces reprises d’activité et de confiance, je pense qu’il est raisonnable d’espérer que, d’ici la fin de l’année, le ciel s’éclaircisse. Dans un premier temps, les mesures prises vont redonner la confiance nécessaire pour que les différents acteurs économiques (ménages, entreprises et secteurs publics) admettent que le pire n’est jamais sûr et qu’il faut repartir de l’avant à un moment donné. Nous nous trouvons aujourd’hui dans un schéma où les autorités budgétaires et monétaires sont prêtes à redonner un peu d’inflation pour relancer l’économie. Enfin, notre planète voit chaque année le nombre de ses habitants augmenter et des acteurs nouveaux accèdent à un pouvoir d’achat supérieur.

Pensez-vous tout particulièrement aux pays émergents ?
Oui, mais pas seulement… Les taux de fécondité en Europe commencent à remonter. Les ménages du Vieux Continent se sont habitués à un confort et à un mode de vie qui nécessitent un certain nombre de moyens de production, de consommation et par conséquent des financements. Le problème est qu’une bulle financière et immobilière a éclaté et nous en payons encore les dégâts collatéraux avec une crise économique assez forte.

Souvent, lorsqu’une bulle éclate, une autre surgit. Reste à savoir laquelle…
Dans tous les cas, je pense qu’elle sera liée à l’inflation. Les autorités augmentent la masse monétaire de manière très importante et les déficits se creusent. Il faudra donc à un moment donné, sans toutefois tomber dans des schémas de rigueur, s’interroger sur le mode de remboursement sans tomber dans une course effrénée derrière l’inflation.

Et au niveau boursier, anticipez-vous un rebond solide à moyen terme ?
Étant donné que la confiance n’est pas restaurée, le signal positif sera donné le jour où les entreprises rachèteront d’autres acteurs pour améliorer leur croissance. Ce sont ces acteurs qui donnent le prix des actifs lorsque la boussole n’est plus en place. Durant la bulle, les fonds d’investissement rachetaient des sociétés à des prix qui n’avaient aucun sens eu égard à la dette nécessaire. De ce fait, ils bloquaient les grandes firmes dans leurs velléités de croissance externe pour consolider leurs parts de marché. En période de sous-valorisation, leurs entreprises sauront mettre la main sur un concurrent à un prix intéressant.

En attendant ce signal, quelle stratégie adopter en termes d’allocation d’actifs ?
L’essentiel est d’être toujours en adéquation avec son horizon de placement. Les investissements à court terme ne rapportent rien et l’argent placé sans risque à long terme est peu rémunérateur. Il est donc plus intéressant de se positionner sur des actions dans des secteurs dont l’activité est a priori pérenne d’autant plus que les niveaux actuels de valorisation sont plutôt attrayants. Il faut choisir des sociétés ayant peu ou pas d’endettement, car malgré des carnets de commandes bien remplis, beaucoup risquent de mourir en bonne santé en raison de problèmes de trésorerie. Je sélectionnerais donc plutôt les valeurs dont la structure financière leur permet de traverser les turbulences sans rencontrer de difficultés de financement.

Interview réalisé par Isaure du Fretay pour La Cote Bleue.