L’Editorial – 2 juillet 2018

LE RISQUE D’UNE ESCALADE PROTECTIONNISTE OBÈRE POUR L’INSTANT LA TENDANCE HAUSSIÈRE DES INDICES

La confiance des investisseurs pâtit des mesures protectionnistes initiées par Donald Trump et son administration ainsi que du risque de répliques en escalade provenant d’une Europe qui tente de sauver la face, mais surtout d’une Chine qui commence à évaluer ouvertement l’ensemble des options à sa disposition pour peser dans ce rapport de force. La Chine sait que la balance commerciale est largement en sa défaveur, mais son économie intérieure comme son épargne pléthorique en dollars sont des armes puissantes de rétorsion/dissuasion.

Les marchés ont conservé un souvenir amer de la forte correction intervenue le 24 août 2015 en séance lorsque la Chine avait annoncé avoir dévalué sa monnaie pour maintenir sa compétitivité.

Sur ce premier semestre, les actions américaines au sens large (S&P 500) n’ont progressé que de 3 % en dollars alors que la dynamique des bénéfices est particulièrement satisfaisante si l’on regarde le cycle de hausse initié en 2009 : les profits sont attendus en augmentation de 22 %, ce qui représente la plus forte progression annuelle à l’exception de 2010 (+ 40 %). Cette hausse intègre la réforme fiscale partiellement incluse dans les cours boursiers en 2017, mais il est possible de considérer qu’il reste 10 à 12 % de croissance hors cet effet.

En Europe, les marchés s’affichent de leur côté relativement stables en moyenne, intégrant un ralentissement de la croissance économique au premier semestre. Pourtant, la pression sur les marges exercée par le rebond du pétrole et l’appréciation de l’euro ne devrait pas se proroger à partir du troisième trimestre. La saison estivale des publications semestrielles devrait intégrer les premiers effets des récentes mesures protectionnistes, mais la suite de l’exercice devrait permettre à la dynamique de révision des résultats de contribuer favorablement aux marchés actions.

Si l’on examine les ratios de valorisation cours / bénéfices (PER), la relative stagnation des bourses sur cette première partie d’exercice constitue en réalité un simple retour des indices larges sur leurs multiples historiques moyens, de par la croissance de leurs bénéfices : 16,5 fois pour le S&P 500, 14,1 fois pour le STOXX 600. Ceci est valable de part et d’autre de l’Atlantique même si les Etats-Unis devraient expérimenter une croissance légèrement plus modeste et une petite érosion des marges du fait des hausses de coûts salariaux et des charges financières impactées par les hausses de taux déjà en vigueur.

À défaut de réelle escalade protectionniste, d’une montée de l’aversion au risque politique ou géopolitique, d’un choc d’offre sur le pétrole du fait de l’incapacité de compenser les chutes de production iranienne et vénézuélienne, ou enfin de la poursuite d’un dollar haussier, nous pensons que ces valorisations un peu plus raisonnables peuvent nous conduire à garder notre objectif d’une performance positive des marchés d’ici la fin d’année alimentée essentiellement par la poursuite de la hausse des profits.

François Chaulet

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