L’Editorial – 1er février 2019

LES MARCHÉS AU REBOND DÉMARRENT L’ANNÉE SUR LES CHAPEAUX DE ROUES

Après un exercice 2018 bien délicat pour l’ensemble des actifs risqués et sur l’ensemble des places financières, nous rappelions que de nombreux facteurs de soutien demeuraient face à cette capitulation générale des investisseurs.

Quelle est l’ampleur atteinte par ce rebond ?

Les performances sur le mois sont à l’échelle d’une année, comprises entre + 6,3 % pour l’indice européen, + 7,2 % pour le Dow Jones et même + 9,7 % pour l’indice technologique américain. De même, les obligations privées ont bénéficié d’un repli significatif des taux de crédit, qui a permis un rebond des fonds obligataires.

Comment expliquer un tel rebond ?

Initialement, le rebond s’est fait sur la base d’une reprise technique. C’est ainsi que les cours des titres ont évolué de façon symétrique par rapport à 2018 : les valeurs les plus sanctionnées, à savoir les moyennes capitalisations, les cycliques et les technologiques qui ont réalisé les plus forts rebonds.

D’un point de vue fondamental, le niveau de valorisation atteint ne pouvait se justifier que par l’intégration d’une forte probabilité de récession économique ainsi que par la prise en considération des risques qui restent d’actualité qu’il s’agisse du Brexit, de la guerre commerciale ou du recul de la liquidité des marchés. D’un point de vue technique, les marchés étant largement survendus, la capitulation de décembre a produit un tarissement des vendeurs en janvier, permettant aux prix de retrouver un équilibre et d’effacer une partie des pertes de 2018.

Quels arguments pourraient donner plus d’ampleur à cette reprise ?

Le premier argument est économique, avec une reprise des indicateurs avancés qui éloignerait la probabilité de récession ou de croissance molle. Le cycle économique de reprise est parmi les plus longs de l’histoire des marchés financiers et les investisseurs le scrutent avec la suspicion d’un médecin qui examine un malade bien trop vieux avec la certitude de lui trouver, à défaut de maladies, des organes trop fatigués. De ce point de vue, il est tôt pour crier victoire car le ralentissement est une réalité même si en fin de mois les chiffres publiés militent pour une stabilisation de cette croissance.

Le second argument est paradoxal car il transforme les mauvaises nouvelles économiques en bonnes nouvelles pour les investisseurs. Il gouverne les marchés depuis le plus fort de la crise il y a plus de 10 ans. C’est l’argument des banques centrales et de leur capacité à injecter des liquidités pour venir à la rescousse des marchés financiers.

Face au ralentissement de l’économie mondiale et de l’économie américaine, et en l’absence d’emballement sur l’inflation, le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a décidé, avec l’unanimité des gouverneurs, de faire une pause dans les hausses de taux directeurs. Cette pause devrait prendre fin d’ici cet été en fonction des données économiques.

Les mesures chinoises commencent à se faire sentir pour limiter le ralentissement et les indicateurs d’activité officiels confirment un rebond en janvier, porté par les services face à un secteur manufacturier toujours en recul. Pékin multiplie les concessions envers les Etats-Unis et les discussions se poursuivent. Tout accord permettant de réduire le déficit commercial américain serait facteur de reprise forte des marchés même si les questions d’accès au marché local, de subventions ou de propriété intellectuelle demeurent.

Quelle stratégie adopter à ce stade de l’année ?

Le rebond rapide des indices a ramené les marchés sur des niveaux qui peuvent former de premières résistances. Au prétexte de sécurisation des actifs et des performances déjà enregistrées, il nous semble raisonnable de reconstituer quelques liquidités. Il est en effet tôt pour évaluer précisément le point bas de ce ralentissement économique, et également pour ajuster les prévisions de profits 2019. Elles ont déjà été revues à la baisse mais ce sera à l’occasion des publications annuelles que nos équipes, au contact direct des entreprises, retrouveront la réalité microéconomique.

François Chaulet