L’Editorial – 1er avril 2019

FAIT EXCEPTIONNEL EN BOURSE, LA CONFIANCE PARTIE AU GALOP FIN 2018 EST REVENUE TOUT AUSSI VITE

Le rebond initié en début d’année, loin de s’essouffler, s’est poursuivi en mars quasiment sans phase de consolidation ni pause. Les marchés actions se retrouvent ainsi à quelques encablures de leur niveau d’octobre 2018, niveau précédant la correction de fin d’année.

Aux États-Unis, le Dow Jones grimpe de 11 %, le Nasdaq de 16,5 % et le S&P 500 de 13 % – sa plus forte hausse trimestrielle en près de 10 ans. Et en dépit du désintérêt des investisseurs pour le Vieux Continent, l’Euro Stoxx 50 s’arroge 11,6 %, le CAC 40 parisien 13 % et le MIB milanais 16 %. La bourse chinoise, au travers de l’indice CSI 300, s’adjuge plus de 28 % sur la base du redémarrage de la croissance du crédit et de la volonté de relance politique.

Comment expliquer un tel revirement de situation ?

L’origine de ce rebond est liée à l’assurance donnée par les banques centrales sur la poursuite de leur soutien aux prix des actifs financiers, semblant obéir aux injonctions du Président Trump. En effet la Réserve fédérale américaine a effectué un virage à 180 degrés et le consensus des économistes de marché décalé ses anticipations de relèvement des taux directeurs au plus tôt à fin 2020. La Banque centrale européenne s’est également déclarée prête à agir davantage et a même évoqué des mesures pour soutenir son secteur bancaire. Les banques européennes voient toujours leur rentabilité amputée par l’équation des taux bas qui limitent les marges qu’elles peuvent facturer, par leur capacité inexistante à bénéficier de leur activité de transformation (se financer à taux courts plus bas et prêter à taux longs plus élevés) et par le placement de leurs dépôts à des taux négatifs auprès de la BCE (- 0,4 % ce qui représente 7 milliards de profits en moins pour le secteur). Le politique a également repris la main sur le dossier sensible de Deutsche Bank et Commerzbank, deux établissements en difficulté que le gouvernement allemand souhaite fusionner.

L’assurance des banques centrales revenue sur les actifs risqués a trouvé un nouvel allié puissant au travers des gouvernements, malgré leur indépendance statutaire.

Quels sont les éléments susceptibles de limiter la progression des indices ?

Nous ne cédons pas à l’euphorie alors que le ralentissement économique est toujours en cours. Les marchés anticipent un rebond à compter du troisième trimestre et regardent par-delà les indicateurs publiés jusqu’ici, qui ne sont pas encore très rassurants. La croissance attendue des bénéfices a été revue à la baisse d’environ 10 % à 7 % pour la zone euro. Aux Etats-Unis, elle a été ramenée de 8 % à 6,5 %.

Ceci limite le potentiel de progression à venir des indices, sauf à imaginer que les multiples de valorisation en vigueur depuis 10 ans soient clairement réévalués à la hausse. Les indicateurs techniques de marchés, en zone de surachat, militent également pour une phase de stabilisation ou de consolidation après ce rallye linéaire.

Les inquiétudes politiques ne se sont pas évaporées. Les négociations se poursuivent entre les États-Unis et la Chine et un accord serait en mesure de propulser un peu plus haut les marchés, mais rien n’est finalisé même si la Chine semble avoir fait des concessions sur le sujet délicat de la propriété intellectuelle. L’Europe figure également parmi les prochaines cibles de Trump qui distille toujours ses menaces. Theresa May lutte toujours pour éviter un « no deal Brexit », une sortie sans accord de l’UE, après 3 votes négatifs du Parlement et face à l’échéance proche du 12 avril qui donne une réelle probabilité à ce scénario.

Pourtant, un moteur essentiel de ce rebond a été sous-estimé et demeure. Il s’agit des liquidités toujours très importantes dans les portefeuilles. Elles ne sont pas revenues s’investir dans ce rebond comme en témoignent les chiffres d’entrées de capitaux sur les fonds européens. Rémunérées à taux négatifs, elle seront d’autant plus disposées à soutenir les marchés lorsqu’une consolidation se mettra en place, pour en limiter les effets.

François Chaulet