L’Editorial – 2 novembre 2017

L’ANNIVERSAIRE DES TRENTE ANS DU KRACH DE 1987 NE PERTURBE EN RIEN LES INVESTISSEURS

Leur moral est resté au beau fixe en octobre, aussi bien d’une part que de l’autre de l’Atlantique, malgré le souvenir d’un célèbre lundi noir resté dans l’histoire des marchés financiers et en mémoire de tout investisseur expérimenté : le lundi 19 octobre 1987.

L’origine de ce krach est intéressante à rappeler tant la période le précédant a pu ressembler à celle que nous connaissons actuellement : explosion de l’endettement global à compter des années 1970, accompagnée d’un afflux énorme de liquidités dans l’économie faisant tripler la valeur de l’indice Dow Jones en dix ans ; forte volatilité du dollar dans le système des changes flottants ; démocratisation des techniques de couverture de portefeuilles par le biais des produits dérivés et des systèmes automatiques de trading. Premier test grandeur nature de ces outils de gestion automatisés et complexes, ce krach donna lieu à la mise en place de « coupe-circuits » destinés à suspendre les transactions en cas de variations extrêmes. Les similitudes avec l’époque actuelle expliquent la multiplication de sombres augures, démentis chaque jour par la réalité d’indices boursiers ne suivant qu’une tendance à ce stade : la hausse.

Notre choix de maintenir nos investissements ainsi que notre surpondération de la zone euro au détriment des Etats-Unis, des émergents ou du Japon, reste cependant motivé par des éléments tangibles. Le premier d’entre eux est la poursuite d’un rattrapage de la macro-économie européenne. La plupart des voyants sont au vert et le moteur de l’investissement devrait enfin combler un retard important vis-à-vis des Etats-Unis à la faveur d’un contexte devenu particulièrement porteur : hausse des profits, conditions financières exceptionnelles, amélioration de la demande et baisse du chômage, taux d’utilisation des capacités de production au-dessus de la moyenne historique et, pour la France, enfin une baisse de la fiscalité du capital.

La progression des bénéfices citée se matérialise après une période dépressive qui perdurait depuis 2011. Il s’agit d’un facteur de soutien sain dans la mesure où il maintient quasi-stables les multiples de valorisation des entreprises malgré la vive hausse des indices boursiers. Les craintes liées à l’appréciation de l’euro, susceptible de brider ces profits, ont reculé alors que la tendance à court terme de la parité euro-dollar s’est inversée. Cette valorisation demeure proche de ses moyennes historiques et présente une décote par rapport au marché américain quel que soit le multiple retenu, décote d’autant plus susceptible de se réduire que nous relevons depuis quelques mois une forte baisse de la corrélation entre les variations des indices américains et européens (passée de plus de 85 % à 60 % environ).

L’amélioration probable de la gouvernance de la zone euro rendue possible par le duo Macron-Merkel élu pour les quatre prochaines années est le second facteur de nature à apporter un soutien fort et durable aux perspectives de l’Union, au-delà de la difficulté des réformes françaises, des évènements actuels en Catalogne ou des élections prochaines en Italie, que les investisseurs ont choisi de ne pas considérer comme problématiques pour la conduite des affaires.

La politique monétaire décidée par la BCE à compter de 2018 apporte une visibilité complémentaire, Mario Draghi n’étant pas tenu par une date de fin de son « Quantitative easing » même si les volumes d’achats d’actifs mensuels seront divisés par deux à 30 milliards d’euros dès janvier. C’est encore une fois la Banque centrale qui aura permis aux marchés de retrouver leurs sommets, à l’image de l’indice CAC 40 revenu sur le point haut de dix ans des 5.500 points, comme un pied de nez à un anniversaire noir d’il y en a trente.

François Chaulet

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