L’Editorial – 3 décembre 2018

LORSQU’IL REDEVIENT POSSIBLE D’ESPÉRER UNE TRÊVE DES CONFISEURS

Les facteurs à l’origine de la forte baisse qui a affecté l’ensemble des marchés financiers ont été extrêmement concentrés dans le temps. Nous rappelions, le mois dernier, que ce rythme appelait aussi bien une détente technique sur les indices de marchés que politique.

La dernière semaine de novembre ressemble à une semaine de Noël tant la hotte s’est vite remplie. Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, a été le premier contributeur en s’exprimant lors de l’Economic Club de New York. Revenant sur sa communication d’octobre, il a estimé le taux directeur actuel (2,25 %) comme situé juste en dessous de la fourchette large d’un taux neutre (entre 2,5 % et 3 % selon les membres de la Fed). Il donne ainsi du crédit à la capacité de la Fed à faire une pause dans la hausse de ses taux et donc à quitter une démarche automatique pour une démarche pragmatique dans le resserrement monétaire.

A l’occasion d’un G20 sous tension, le second pompier des marchés s’avère être finalement le premier des pyromanes, à savoir Donald Trump qui quelques semaines après les élections « mid-term », a donné des gages positifs en annonçant un report de 90 jours des menaces américaines vis-à-vis de la Chine. Pour mémoire, il s’agissait de relever de 10 % à 25 % les taxes sur 200 milliards de dollars de biens importés aux Etats-Unis depuis la Chine au 1er janvier 2019. Les dirigeants chinois ont, de leur côté, accepté à court terme l’importation immédiate de produits agricoles, le déblocage de l’opération de fusion Qualcomm-NXP (semi-conducteurs), ainsi que la réduction des droits de douane sur l’automobile américaine. Repoussant la date, le président évite de trop pénaliser la confiance des industriels et desconsommateurs américains qui seraient inquiets d’une forte baisse des marchés comme d’une accélération de la hausse des prix liée à de nouvelles taxes.

Côté européen, le projet d’accord négocié par Theresa May et Michel Barnier a été accepté par les 27 et éloigne le spectre d’une absence d’accord, d’un « hard Brexit », menace déraisonnable sur l’avenir d’un partenaire économique et stratégique d’importance pour l’Europe. Il reste à convaincre la représentation parlementaire anglaise. La ratification n’est pas acquise et il faudra sans doute plusieurs passages au vote, mais nous pouvons anticiper une issue raisonnable, laissant du temps aux acteurs afin d’apporter des réponses à des questions actuellement insurmontables.

Le gouvernement italien a également apporté un apaisement, les discussions avec la Communauté européenne ayant permis de trouver un compromis permettant à la coalition de sauver la face et à la Commission de préserver ses exigences d’équilibre raisonnable. À titre d’exemple, a été obtenu un programme de privatisations importantes face aux nouvelles dépenses.

Ainsi, malgré une année boursière qui reste à ce stade mauvaise pour les épargnants européens, pénalisés par l’incapacité à trouver une rémunération tant sur les taux que sur les actions, nous pouvons garder l’espoir d’un rebond à la faveur d’un contexte qui repousse à plus tard des échéances qui ont fait monter la défiance sur l’Europe à des niveaux proches de la crise de 2011 comme en témoigne notamment le secteur financier. L’accalmie devrait mettre un terme au flux de désinvestissement qui a affecté les marchés européens et plus particulièrement les titres les moins liquides que sont les petites et moyennes entreprises cotées.

Les tensions en France liées à la colère des «&nsbp;gilets jaunes » présentent un risque économique sur la confiance, la consommation et le tourisme à l’approche des fêtes, voire même de perturber certaines chaines de production et d’approvisionnement. Elles ne sont en revanche pas d’ampleur macroéconomiques et nous pouvons par conséquent nous réjouir de l’arrivée de cette trêve des confiseurs décidée par les grandes puissances au G20.

Toute l’équipe de Montségur Finance se joint à moi pour vous souhaiter de belles fêtes de fin d’année.

François Chaulet