L’Editorial – 3 juin 2019

CHANGEMENT DE RÉGIME DES MARCHÉS

A défaut de désescalade dans la guerre commerciale, la surenchère de mai qui intervient après un an de bras de fer provoque une crise de confiance qui se traduit dans les marchés mais également dans les indicateurs économiques avancés.

Il n’aura fallu que quelques jours pour que l’environnement de marché se dégrade très sensiblement. Et c’est l’option prise par Donald Trump, privilégiant la guerre commerciale et durcissant ses interventions, qui aura lancé la phase de consolidation du mouvement de reprise initié en début d’année.

La volonté du président américain a été de durcir le bras de fer commercial avec la Chine, quitte à déstabiliser toute l’industrie technologique par la sanction visant à bannir Huawei, le géant chinois des télécoms, du territoire américain et à le priver d’accès à l’écosystème de Google (Android).

L’annonce d’un report de six mois des négociations sur l’automobile européenne et celle d’un accord avec le Canada et le Mexique sur l’acier ont pu laisser penser que les tensions commerciales resteraient ciblées sur la Chine.

Mais la décision d’imposer au Mexique des droits de douane de 5 % sur tous les biens importés à partir du 10 juin, augmentés de 10 % le 10 juillet puis de 5 % chaque mois jusqu’à 25 % à moins que le Mexique ne remédie au flux d’immigration clandestine montre que l’arme commerciale peut être utilisée dans des contentieux non commerciaux. L’entrée en campagne américaine fait
craindre que cette stratégie électoraliste ne soit démultipliée à d’autres pays.

La Chine n’entend pas se laisser faire. Elle rend l’administration Trump responsable de l’échec des négociations et menace en retour de représailles portant notamment sur les « terres rares » indispensables dont elle produit 70 % de l’offre mondiale, un quasi-monopole stratégique dans le secteur technologique, indispensable aux semi-conducteurs comme aux batteries.

Les marchés ont ainsi quitté la tendance haussière qui semblait inoxydable malgré des volumes peu étoffés et surtout des flux de capitaux toujours négatifs en Europe. Le repli en mai représente environ le tiers du rebond de 2019 soit entre 6 et 7 % pour l’indice européen comme pour les indices américains.

Comme toujours, les consolidations sont plus violentes et rapides que les phases de hausse. Ces événements sont d’autant plus regrettables que l’économie mondiale donnait des signes de ré-accélération. Ils surprennent alors que Trump semblait veiller à la trajectoire des marchés financiers pour préserver son électorat. Son choix d’une confrontation à plus long cours change la donne. Cependant la méthode est désormais connue, il tape fort afin de perturber le jeu des négociations et prendre l’avantage puis il avance méthodiquement sur ses objectifs.

Il faut espérer que cette phase de retour au calme revienne avant que des conséquences durables ne viennent forcer la Réserve Fédérale à bousculer son agenda de politique monétaire pour compenser.

Les liquidités générées par prudence dans le rebond tant dans les mandats que les fonds avaient pour objectif de préserver les performances. Elles devraient également permettre de saisir diverses opportunités d’achat que ces nouvelles conditions de marché, plus volatiles et incertaines, devraient faire naître dans les prochaines semaines.

François Chaulet