L’Editorial – 1er septembre 2017

QUELQUES MOIS APRÈS SES SOMMETS, LE DOLLAR VA-T-IL S’EFFONDRER ?

Alors que le consensus des experts envisageait il y a encore quelques mois une parité entre l’euro et le dollar, que nous avons frôlée malgré tout à 1.04 en décembre dernier, le retournement a été violent pour le billet vert.

Il rompt ainsi une tendance haussière continue qui l’a vu s’apprécier de 35 % entre août 2011 et décembre 2016. Sa dévaluation par rapport à l’euro depuis son point haut a atteint 13 %, un chiffre considérable. Elle pourrait marquer le début d’un nouveau cycle de long terme, le dollar étant familier de ces mouvements.

Centrale dans l’analyse tant macro que microéconomique, l’évolution du dollar est devenue le point de focalisation des marchés financiers qui explique, avec les tensions géopolitiques, la correction des marchés européens durant l’été.

Les facteurs militant pour la poursuite de cette baisse sont réels. Des doutes sont apparus sur une présidence Trump bien chaotique, marquée par l’échec de sa réforme de la politique de santé « Obamacare », par des menaces de destitution, par l’absence de compromis avec le Congrès sans compter les déclarations de politique étrangère diamétralement opposées à celles de ses services diplomatiques.

La croissance américaine tient bon malgré Donald Trump, même si certains signaux économiques très récents et relativement mitigés pourraient faire craindre un essoufflement du cycle actuel dont la durée est déjà exceptionnelle.
Ceci contraste avec l’accélération de la dynamique économique européenne comme avec celle des pays émergents. C’est pourquoi la rentrée de Donald Trump va être cruciale : il lui faut réussir ses baisses d’impôts et un plan de relance budgétaire en 2018 pour compenser l’épuisement potentiel du cycle américain, le ralentissement du crédit bancaire et le durcissement relatif des conditions de crédit.

Les taux américains sont remontés et la Banque centrale a déjà enclenché un resserrement de sa politique monétaire. Si l’écart avec les rendements européens s’est légèrement réduit, il reste sur des sommets à presque 2 %. Tout discours susceptible de souligner une normalisation de la politique monétaire, actuellement très expansionniste en zone euro, à commencer par celui de Mario Draghi prévu le 7 septembre prochain, diminuerait ce différentiel et exercerait une pression à la baisse sur le dollar. Or, la situation économique européenne est bonne, avec un second trimestre marqué par la poursuite de la reprise ainsi que par une synchronisation rassurante entre les principaux pays de la zone euro, y compris ceux d’Europe du sud.

A contrario, les arguments en faveur d’un rebond du dollar à court terme sont multiples. Tout d’abord, cette dévaluation a été bien trop forte et rapide pour ne pas marquer de consolidation technique. Ensuite, le rôle de monnaie de réserve du dollar demeure, malgré l’émergence de devises alternatives telles que l’euro et le yuan, rôle qui sera d’autant plus important avec la reprise des échanges internationaux, portée par la croissance mondiale qui accélère à 4 %.

La clé réside entre les mains de deux totems. Le premier, représenté par Janet Yellen, qui a annoncé ses hausses des taux et devrait poursuivre ce processus contre vents et marées. Le second par le Président Trump qui ne peut absolument pas se permettre d’échouer sur l’élément le plus fédérateur qui le relie encore avec les Républicains et le Congrès : les baisses d’impôts promises pendant la campagne et la politique de relance. Seuls ces éléments seront de nature à lui redonner quelque crédibilité pour la suite de son mandat qui court, faut-il s’en rappeler, jusqu’en 2020.

François Chaulet

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