L’Editorial de décembre 2009POINT DE MIRAGE À L’HORIZON, MÊME À DUBAï Il aura fallu l’annonce d’un défaut de paiement des échéances du conglomérat Dubaï World, demandant un report de 6 mois pour le remboursement de ses dettes, pour donner aux marchés le signal d’une nouvelle consolidation en fin de mois, celle de fin octobre ayant déjà été oubliée. Faut-il y voir les prémices d’un retour du risque systémique, à savoir d’un nouvel effondrement du système financier et bancaire international ? Les Cassandres habituelles vont de leur litanie, soutenus par l’idée que si les pauvres ont connu des défaillances au travers des crédits subprime, la défaillance d’un Emirat riche du Golfe annonce l’amorce d’un nouveau domino fatal. Nous ne le pensons pas. Plusieurs éléments diffèrent à commencer par la nature de l’évènement : d’abord l’explosion de la bulle immobilière représente la taille d’un département Corse. Elle était prévisible. Paradis des promoteurs, les appartements étaient parfois revendus 6 ou 7 fois entre la précommande et la livraison. Tout le monde a en tête l’image des îles artificielles en forme de palmier (Palm Jumeirah) ou reproduisant une carte du globe (The World), le projet d’une tour de 1 kilomètre de hauteur ou encore les hérésies écologiques d’une station de ski ou d’un terrain de golf en plein désert. Ensuite le retard de paiement d’une échéance n’implique pas forcément la nullité de la totalité des échéances de dettes (59 milliards de dollars), d’autant que les actifs tangibles existent et sont encore valorisés pour environ 75 milliards de dollars. Enfin les autres pays des Emirats Arabes Unis, riches de leurs pétrodollars, devraient probablement venir à la rescousse. Abu Dhabi a déjà souscrit pour 10 milliards de dollars, sur les 20 milliards de bons du trésor émis par l’émirat de Dubaï. La banque centrale des Emirats Arabes Unis a également annoncé, pour rassurer les investisseurs, mettre à disposition des banques des liquidités supplémentaires. Cet évènement montre que la catastrophe de la faillite de Lehman reste dans les esprits et qu’il existe une sensibilité des marchés obligataires. Les obligations islamiques (Sukûk) ont été fortement affectées en perdant 15 % de leur valeur, une variation déjà exceptionnelle pour les actions. Le signal concerne les emprunts d’Etats, fragilisés par le passage de la crise financière et par les coûteux plans de soutien au secteur financier ou de relance budgétaire. Il concerne également les obligations d’entreprises pour lesquelles des défaillances ne manqueraient pas de faire remonter les niveaux de rémunération demandés par les investisseurs et par conséquent de faire baisser la valeur des portefeuilles obligataires. Attaqué par les marchés après l’annonce, le secteur financier aura sans doute à passer des provisions comptables. HSBC, Royal Bank of Scotland ou Standard Chartered sont exposés. Certaines banques françaises également, dans une moindre mesure. Lévaluation du risque de défaut reste mesurée. Les acteurs du monde de la construction ont également été attaqués du fait de leur implication sur ces chantiers. Mais on peut également voir dans l’ampleur de ces sanctions, au-delà de la fin d’un mirage aux Emirats, le simple reflet de parcours boursiers exceptionnels pour ces secteurs.
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