L’Editorial du 30 avril 2010LA CACOPHONIE GRECQUE PÈSE SUR LES MARCHÉS Les attaques à répétition sur les pays faibles de la zone euro se sont poursuivies et ont pesé sur les marchés en fin de mois. L’indice CAC 40 accuse ainsi un recul de 4 % en avril et l’euro atteint un plus bas annuel à 1,31 $ contre 1 euro. En quelques séances, le taux à 2 ans de la Grèce s’est envolé de 8 % pour atteindre le chiffre aberrant de 18 %. Ce taux ne reflète pas la réalité et résulte principalement de l’absence de liquidité : les volumes d’échanges sont extrêmement étroits, et par conséquent non significatifs, à 16 millions d’euros contre une moyenne quotidienne, toujours très réduite, de 150 millions. Une contagion des dégradations des emprunts souverains portugais, espagnols, irlandais et italiens seraient susceptibles de créer une crise systémique. Or, en tendance, les deux premiers pays connaissent, avec quelques mois de décalage, des symptômes de hausse des taux qui rappellent ceux enregistrés sur les taux grecs. Les agences de notation suivent, et dégradent la Grèce au statut de « junk bond » ou d’obligation pourrie, et abaissent d’un cran les signatures du Portugal. Au point d’orgue de cette cacophonie de deux mois, l’Europe subit les réactions de l’Allemagne qui compose avec les élections régionales le 9 mai et l’opinion publique largement défavorable. La décision, retardée bien trop longtemps, ne pouvait attendre. La Grèce arrivait en quasi cessation de paiement face à une échéance de 8 milliards d’euros le 19 mai. Le défaut d’un Etat entraine la ruine des banques de son pays, et provoque des effets domino incalculables sur le système bancaire européen. Le Conseil des ministres des finances de la zone euro et le FMI ont précisé le plan historique d’assistance financière à la Grèce. Il s’agit de prêter 110 milliards d’euros sur 3 ans (45 milliards la première année) et exiger en contrepartie un plan d’austérité sans précédent. A hauteur de 80 milliards, l’assistance est constituée de prêts bilatéraux dont la répartition est calquée sur les détentions de chaque pays au capital de la Banque Centrale Européenne. On trouvera ainsi au premier rang l’Allemagne (21,7 milliards), la France (16,3 milliards), l’Italie (14,3 milliards) et l’Espagne (9,5 milliards). Le solde de 30 milliards provient d’un crédit du Fonds Monétaire International. Du côté des mesures de rigueur exigées, on trouvera : une hausse de la TVA de 2 % à 23 %, une nouvelle taxe de 10 % sur le tabac, l’alcool et l’essence, un gel des salaires et des retraites dans la fonction publique jusqu’en 2014 et la suppression ou le plafonnement des primes des fonctionnaires. Des mesures destinées à redonner de la compétitivité à l’économie sont également mises en œuvre comme la libéralisation du marché du travail, l’ouverture de professions réglementées ou encore la libéralisation des marchés du transport et de l’énergie. Au total il est prévu une baisse du déficit grec de 16 % à 3 % du Produit Intérieur Brut (PIB) - niveau conforme au Pacte de stabilité - en 5 ans. On peut souhaiter du courage à Georges Papandréou face à l’ire de 11 millions de grecs, ainsi qu’aux dirigeants des autres pays qui devront rapidement affronter leurs dérives budgétaires. Il y aura des leçons à tirer de cette crise. Le Pacte de stabilité et de croissance a vécu. L’Union Economique et Monétaire doit prévoir un mécanisme de solidarité entre Etats, associé à des sanctions en cas de recours comme la tutelle sur certaines décisions budgétaires ou la suppression temporaire du droit de vote au Conseil des pays concernés.
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