L’Editorial du 30 juin 2010

TIRAILLÉS ENTRE MACRO ET ÉCONOMIE

Les marchés conservent les séquelles de leurs traumatismes récents qui se traduisent par un comportement cyclothymique. Ainsi ce premier semestre a vu l’indice CAC 40 osciller entre 4.100 et 3.500 points, revenir à 4.100 points et terminer à 3.440 points, en baisse de 12,5 % depuis le 1er janvier.

Les craintes du risque systémique portent sur les emprunts d’Etats et par ricochet sur le secteur financier du fait de dépréciations potentielles des actifs bancaires. Par ailleurs, les banques doivent rembourser à la BCE 442 milliards d’euros, facilités ouvertes il y a un an arrivant à leur terme. Les injections de liquidités avaient ainsi été doublées de manière à éviter, en pleine crise, le manque de liquidités conséquent de retraits d’espèces et du blocage des marchés interbancaires. La BCE cherche désormais à éponger les excès afin que les marchés interbancaires retrouvent leur fonctionnement traditionnel.

Dans cette agitation permanente les marchés sont une caisse de résonnance forte et les vagues médiatiques autour de la chose économique ne participent pas à l’accalmie.

Les périodes d’euphorie sont soutenues, dès lors que la crise n’a pas eu raison du système, par les entreprises qui ont retrouvé, à l’échelle de la microéconomie, des niveaux de profits historiques. L’étude des précédentes phases économiques et la façon dont les profits des entreprises ont évolué, démontrent que c’est cette création de richesses qui assure l’attractivité de l’investissement en actions.

Le dernier pic de cycle économique était en 2000 avant l’éclatement de la bulle internet, année où les profits des entreprises du CAC 40 ont atteint 50 milliards d’euros et où l’indice CAC 40 a progressé vers 7.000 points. La récession fit plonger l’indice jusqu’en mars 2003 à 2.400 points, avant de retrouver le chemin d’une croissance ininterrompue de 2003 à 2007, justifiée par la forte hausse des profits. Ceux-ci ont atteint 100 milliards en 2007 soit deux fois les niveaux du précédent haut de cycle, valorisés à plus de 6.000 points. L’indice CAC 40 était devenu moins « technologies médias télécoms », et plus financier.

Puis vint la récession de 2008 qui mit les entreprises à l’épreuve d’un krach immobilier, d’un krach financier lié à l’explosion du crédit puis de la dette souveraine, d’un tarissement des sources de financement, d’un choc pétrolier suivi d’un contre-choc et de bouleversements sur les marchés des changes. Délicat pour le dirigeant d’établir des budgets et d’investir dans de telles conditions. Les profits ont été divisés par deux au cours de la récession et l’indice est revenu sur son point bas de 2.465 points, 5 ans plus tard, en mars 2008. En valeur pourtant, ces « profits de crise » équivalent les profits du précédent haut de cycle de 2000. Observons qu’en cette sortie de crise, nos entreprises sont restructurées et relativement peu endettées. Elles ont même augmenté leur taux de distribution des dividendes.

Le consensus est très optimiste, attendant 80 milliards d’euros pour 2010, puis en 2011, le retour aux profits de 2007. De plus, à quelques jours des publications pour le second trimestre, on constate peu d’avertissements émis par les entreprises.

Cet élément est rassurant et permettra aux entreprises de confirmer l’embellie des résultats. La fébrilité des marchés est un fait, mais nous ne sommes plus dans le tourbillon de 2008 et il est possible de sélectionner des entreprises qui sauront poursuivre leur retour à une forte profitabilité. Grâce à des processus éprouvés et à un suivi de tous les instants, nous parvenons déjà à écarter nos performances des indices.