L’Editorial du 31 mai 2010

DU FORT RECUL DES MARCHÉS EN MAI

Il n’en fallait pas plus pour jeter un trouble sévère dans les esprits des investisseurs comme des spéculateurs professionnels : le 6 mai l’indice Dow Jones dévisse de 1.000 points (environ 10%) avant de rebondir fortement. Le cours d’Accenture passe de 42$ à 0,01$ en quelques minutes, sans suspension de cotation, et clôture à 41$.

D’abord attribué à une erreur humaine, annonce démentie, cet emballement provient de la multiplication des automates qui déclenchent les transactions à l’échelle de la microseconde. Même si l’autorité de marché américaine a annulé bon nombre de ces opérations, ces errements ne sont pas de nature à ramener la confiance dans le système, péniblement recouvrée au fil des mois.

L’euro, qui subit un recul d’environ 20% depuis le début de l’année face au dollar en raison de la crise des dettes souveraines, retrouve quelques couleurs grâce à des déclarations de la Chine favorables au maintien de ses réserves en euros.

Cette fébrilité ôte aux investisseurs toute notion de perspective. Focalisés sur le quotidien des annonces et des publications, ils ne font que réagir, souvent tous ensemble, au fil des nouvelles.

Les fonds dits « alternatifs », en réalité spéculatifs, prennent le relais des banques qui subissent des contraintes de fonds propres et de règlementations importantes. Ces fonds sont actuellement en position massivement vendeuses sur l’euro et sur les actions. L’initiative allemande d’interdire ces pratiques reste regrettablement isolée. La sanction pourrait venir d’un violent rebond de l’euro et des marchés, forçant les spéculateurs à racheter leurs positions et compter leurs pertes.

Pourtant, à un horizon de quelques trimestres, les perspectives pour l’investisseur en actions sont attractives. La perception du risque devrait évoluer. A la différence des Etats, dont les réformes budgétaires mettront des années à porter leurs effets sur des dettes accumulées de longue date, les entreprises sont parvenues à se restructurer à grande vitesse.

La moindre surévaluation de l’euro, car il ne s’agit pas à ce stade d’une réelle faiblesse, facilite les exportations et réduit les écarts de compétitivité. S’il se stabilise sur ces niveaux, ses effets sur notre croissance se feront assurément sentir dès 2011.

Les taux d’intérêts atteignent des records de faiblesse (2,5% à 10 ans pour l’Allemagne, 2,8% pour la France). Ils diminuent les charges d’emprunts et favorisent l’investissement. L’épargne stockée dans les livrets et les supports d’assurance vie en euros enregistrera des rendements réels nets toujours plus faibles.

Les valorisations laissent apparaître un fort potentiel pour nos entreprises qui ont réussi à défendre leurs marges dans la tourmente et qui sont à même de capter la croissance mondiale, toujours forte, où elle se trouve. Elles annoncent des bénéfices en forte hausse et des distributions de dividendes généreuses.

Ce potentiel s’exprime à hauteur des primes offertes lors des opérations financières. L’exemple de l’OPA du fonds d’investissement Cinven sur Sperian Protection à 70 € (prime de 16% sur le cours coté) est symbolique car il bénéficie d’une contre-offre lancée par un industriel, Honeywell, à 117 €.

Nous pensons que cette baisse reste une phase de consolidation et non une menace d’un retour au plus bas. Nous y avons vu une opportunité pour renforcer certains investissements, notamment en valeurs industrielles exportatrices. Ils atteignent un niveau proche de 100% dans nos fonds actions car nous ne pensons pas que les points bas atteints en mai puissent être significativement enfoncés.