L’Editorial du 31 mars 2010La Grèce ne sera pas le talon d’Achille de l’Europe Après l’affichage d’une volonté politique commune, les tergiversations européennes vis-à-vis des modalités de soutien financier à la Grèce ont occupé tout au long du mois les médias. Les négociations furent ponctuées par des déclarations lapidaires de la Chancelière allemande Angela Merkel, faisant écho d’une opinion allemande d’autant plus acquise à l’orthodoxie monétaire et budgétaire qu’elle y a sacrifié des baisses de salaires et de pouvoir d’achat. Il s’agit d’éviter de créer un précédent. Alors que d’autres pays sont susceptibles de rencontrer les mêmes difficultés, une aide inconditionnelle à la Grèce pourrait laisser imaginer aux autres pays membres de l’euro qu’une politique irresponsable ne porte pas à conséquences, dès lors que l’Europe et le FMI sont garants en dernier ressort. Le Pacte de stabilité et de croissance prévoyait une sanction sous la forme d’une amende en cas de déficit public supérieur à 3 % du PIB (sauf circonstances exceptionnelles). De nombreux pays, y compris l’Allemagne et la France, ont été signalés par le Conseil Ecofin auprès de la Banque Centrale Européenne sans donner lieu à sanction. D’où l’idée d’une sanction dissuasive, de la mise sous tutelle des gouvernements à la possible exclusion de l’euro, qui pourrait s’appliquer aux pays membres qui franchiraient irrémédiablement les termes du Pacte. Les difficultés étalées sur l’agora européenne cumulées avec la vigueur de l’économie outre-Atlantique auront pesé de tout leur poids sur l’euro qui perd du terrain face au dollar. À 1,34 $ pour 1€, on approche la parité des pouvoirs d’achat et on réduit les distorsions de concurrence pour les exportations européennes. En revanche du côté des marchés financiers, le rebond initié en février se poursuit et permet à l’indice CAC 40 de retrouver le seuil symbolique (et non technique) de 4.000 points, en hausse de + 1 % depuis le début de l’année. L’indice français reste pourtant encore en retrait (- 5 %) du niveau précédant la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008, qui avait précipité la baisse des marchés. De nombreux autres indices de place l’ont retrouvé (Dax allemand, DJ Eurostoxx 600 européen ou Dow Jones américain), ou affichent des progressions significatives comme le FTSE anglais (+10 %). Compte-tenu des écarts de performances entre les secteurs, toute sur ou sous-pondération d’un indice devient significative. Les marchés émergents ont oublié le traumatisme. Les afflux de capitaux montrent une confiance absolue des investisseurs malgré des valorisations élevées et des progressions de 57 % pour l’indice chinois, de 42 % pour l’indice brésilien ou de 30 % pour les indices indien et mexicain. La tendance pourrait perdurer compte-tenu des liquidités pléthoriques accumulées par les épargnants. Même si le rythme de la hausse - qui représente une tendance à + 60 % par an - semble difficilement soutenable, la forte baisse de la volatilité redonne de la confiance aux investisseurs. Après de nombreux mois passés à l’abri sur des placements sans risque, ils se lassent désormais de rendements réels devenus négatifs avec une inflation à 1,5 %. Les actions continuent d’offrir une prime de risque très élevée. Le souvenir de la crise financière et des risques d’effondrement du système commence à s’estomper. Comme l’indique souvent l’analyse technique, tant pour l’immobilier que pour les actions, matières premières ou devises, rien ne stimule tant la hausse que la hausse elle-même.
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